CONTAMINATION BACTÉRIENNE DES BROSSES A DENTS
HYGIENE ET PREVENTION
Andrea Felloni, Eugenio Brambilla, Maria Grazia Cagetti, Laura Strohmenger
Université de Milan, Département de Médecine,
Chirurgie et Odontologie, Licence en Odontologie et Prothèse Dentaire, Chaire de Pédodontie
Titulaire Professeur L. Strohmenger
RESUME: La brosse à dents est le plus important et le plus usuel des moyens de prévention
contre les pathologies causées par la plaque bactérienne mais, en entrant en contact avec
les microorganismes saprophytes et pathogènes qui se trouvent dans la cavité buccale,
il subit une contamination consistante, qui représente une charge infectieuse pour les usages
successifs. Dans l’optique de la prévention horizontale des caries dentaires, les auteurs ont
examiné la contamination microbienne résiduelle de Streptococcus mutans après l’usage
quotidien, en comparant une brosse traditionnelle avec une brosse à tête argentée à travers
une étude clinique expérimentale. Bien que l’activité antimicrobienne du revêtement d’argent
de la tête amovible de cette brosse ait été déjà confirmé par les études in vitro, il était nécessaire
de récolter d’ultérieures données en ce qui concerne les souches sauvages de Streptococcus mutans.
On a effectué une étude clinique cas-témoin sur 20 patients (âge moyen 24+_0,3) randomisés
dans un groupe expérimental (n=10) et un groupe contrôle (n=10). Après une période d’usage à
domicile de 3 jours, les brosses à dents ont été restituées et les têtes ont été maintenues en
atmosphère saturée de vapeur d’eau pour prévenir les altérations de la flore bactérienne.
On a donc réalisé deux échantillonnages, à la fin de la phase clinique et après une période de 6 heures,
sur différentes touffes pour chaque tête, ensemencées sur plaquette de MSB agar et incubées.
A la fin de l’incubation les colonies développées ont été comptées. Les données obtenues mettent
en évidence la capacité de colonisation des surfaces de la brosse à dents ainsi que l’activité
antibactérienne des ions d’argent déposés sur la surface de la tête après un usage normal de la brosse à domicile.
MOTS CLES: argent, prévention, brosse à dents, Streptococcus mutans
La prévention de la carie est basée sur le contrôle et l’élimination de la plaque bactérienne des surfaces de la dent.
La brosse à dents représente le plus important et le plus usuel des moyens de prévention contre les pathologies
causées par la plaque dentaire.
Le marché italien offre une grande variété de modèles, différents par leur forme, leur matériel et leurs
caractéristiques techniques ; des différences importantes peuvent être relevées dans l’efficaci-té d’élimination
de la plaque et dans l’effet abrasif sur les tissus oraux durs et mous.
Une problématique dont l’importan-ce a augmenté au cours des dernières années est la contamination
résiduelle de la brosse après l’usage.
Chaque brosse, selon les spécifications du British Standard1, est constituée de différentes parties,
chacune avec une dénomination bien définie:
HYGIENE ET PREVENTION
La brosse (la partie de la brosse à dents qui comprend les touffes de poils).
Les touffes de poils (l’agrégat des filaments fixés dans un trou sur la base).
La base (l’extension du manche qui supporte les touffes de poils).
La tête (l’ensemble formé par la base et les touffes de poils).
Le manche (la partie de la brosse à dents excepté la tête).
La tête en particulier, entre en contact, dans la cavité buccale, avec une multiplicité de microorganismes saprophytes et,
dans certains cas particuliers pathogènes, en subissant une contamination plus ou moins consistante.
Outre la charge infectieuse avec laquelle elle entre en contact, la contamination résiduelle de la tête découle de certaines
variables liées à sa structure, et qui expriment substantiellement la capacité de retenir l’eau entre les poils, et donc
de maintenir vitaux les microorganismes contaminants, après l’usage1-5.
Des études expérimentales ont démontré comment la quantité de microorganismes retenus et maintenus vitaux
dépend également du traitement auquel est soumise la brosse à dents après l’usage, c’est-à-dire le rinçage et le séchage6.
La plupart des microorganismes avec lesquels les brosses à dents sont contaminées pendant l’usage normal est représenté
par des espèces saprophytes de la cavité buccale; celles-ci peuvent devenir toutefois le vecteur de microorganismes
pathogènes quand les brosses sont utilisées par des sujets affectés de pathologies systémiques infectieuses comme
l’hépatite virale ou le SIDA 1,3,5,6.
En ce qui concerne les caries dentaires, il faut souligner comment le Streptococcus mutans, le microorganisme cariogène
le plus important, peut être transféré facilement depuis la cavité buccale d’un sujet à celle d’un autre sujet à travers
l’usage de la même brosse à dents. Le microorganisme démontre, en effet, de pouvoir survivre pendant des périodes
relativement longues sur la brosse à dents, en conservant une vitalité et une charge infectieuse suffisantes pour être
réimplanté dans la cavité buccale de la personne qui utilise l’instrument par la suite2; ce phénomène revêt une importance
particulière dans la transmission longitudinale (mère - fils) de l’infection de S. mutans.
Sur le marché national et international sont présentes des brosses à dents qui possèdent une activité antibactérienne et des
instruments spécifiques pour réduire la contamination résiduelle, indice de la sensibilité de certaines entreprises vis-à-vis du
besoin de santé exprimé par la société.
La présente étude se propose d’exa-miner la contamination microbienne résiduelle de S. mutans après l’usage quotidien,
en comparant une brosse à dents traditionnelle et une brosse avec tête argentée.
MATERIAUX ET METHODES
On a sélectionné 20 patients (âge moyen 24+_0,3), avec un minimum de 24 éléments dentaires, afférents à la Clinique
Odontostomatologique du Département de Médecine, Chirurgie et Odontologie.
Afin d’être inclus dans le protocole expérimental, les sujets ne devaient pas avoir été soumis à une thérapie antibiotique
depuis au moins 30 jours, ni avoir pris d’autres médicaments qui auraient pu influencer de façon directe ou indirecte l’équilibre
de la flore buccale; ils ne devaient pas être soumis à un traitement topique avec clorexidine ou fluorures;
ils ne devaient pas porter de prothèses amovibles, d’implants ou des appareils orthodontiques.
Dans le but de l’étude, on a pris en considération deux modèles de brosse à dents en vente sur le marché italien:
une avec tête argentée (Silvercare, Spazzolificio Piave, Onara di Tombolo) et une brosse témoin de type traditionnel
avec le nombre de touffes et les dimensions de la tête analogues, pour chaque modèle on a acheté 10 échantillons.
Le jour où l’étude a débuté, on a demandé aux sujets sélectionnés de remplir et signer le consensus informé pour
la participation à la recherche.
Les sujets ont donc été attribué de manière randomisée au groupe Silvercare (n = 10) et au groupe de contrôle (n = 10)
et à chacun on a attribué une brosse à dents correspondant au groupe d’appartenance. Aux participants on a demandé
d’utiliser la propre brosse à dents deux fois par jour (matin et soir) en utilisant la technique de brossage Bass modifiée,
pendant la durée globale de 3 minutes, en s’abstenant de l’usage de dentifrice.
Après une période d’usage équivalente à 3 jours, les brosses à dents ont été restituées au laboratoire,
après l’exé-cution du dernier brossage effectué juste avant le début des procédures microbiologiques.
Sous la hotte à flux laminaire et dans des conditions de stérilité on a séparé les têtes de chaque brosse du manche de celle-ci,
ensuite on les a placées séparément dans des éprouvettes stériles contenant 0,5 ml de PBS stérile (Sigma Chemicals, St. Louis, MO, USA)
afin de créer une atmosphère saturée de vapeur d’eau pour prévenir l’évaporation des liquides retenus par l’échantillon.
On a ensuite effectué deux échantillonnages, respectivement à la fin de la phase clinique (temps 0)
et après une période de 6 heures (temps 1), en introduisant au centre d’une touffe de chaque
HYGIENE ET PREVENTION
RESULTATS DU T-TEST TABLEAU 1
ANALYSE DE LA VARIANCE
|
GL
|
Somme des carrés
|
Moyenne des carrés
|
F
|
p
|
λ
|
Puissance
|
Brosses à dents
|
1
|
0,096
|
0,096
|
5,779
|
0,0272
|
5,779
|
0,621
|
Subjet (Group)
|
18
|
0,300
|
0,017
|
|
|
|
|
Category for Time
|
1
|
1,215
|
1,215
|
69,679
|
<0,0001
|
69,679
|
1,000
|
Category for Time* Brosse à dents
|
1
|
0,084
|
0,084
|
4,799
|
0,0419
|
4,799
|
0,537
|
Category for Time* Subjet Group
|
18
|
0,314
|
0,017
|
|
|
|
|
|
Compte
|
Moyenne
|
DS
|
ES
|
|
|
|
Contrôle
|
20
|
1,570
|
0,193
|
0,043
|
|
|
|
Silvercare
|
20
|
1,472
|
0,251
|
0,056
|
|
|
|
TABLEAU 2
échantillon 10 μl de solution physiologique stérile et en les récupérant à l’aide d’une micropipette. Le liquide récupéré
a été dilué dans 1 ml de solution physiologique et 20 μl de la suspension finale ont été ensemencés sur plaquettes de
MSB agar, incubées pendant 48 heures à 37 °C.
Au terme de l’incubation, les colonies développées ont été soumises au comptage.
ANALYSE STATISTIQUE
Pour les analyses statistiques, on a utilisé le programme Statview 5.0 pour Windows (SAS Institute Ine, Cary, North Carolina, USA).
Pour évaluer la comparabilité des deux groupes au temps 0 on a effectué un t-test pour données non appariées.
Pour évaluer la réduction de la concentration dans le temps on a utilisé le test ANOVA pour mesures répétées.
Le niveau de significativité a été fixé pour une probabilité p < 0,05.
RESULTATS
Afin d’évaluer la comparabilité des données on a procédé à l’analyse statique au temps 0 (tableau 1) à l’aide du t-test
pour données non appariées; à partir de ces données on peut observer que les moyennes des concentrations relatives
aux deux brosses à dents à la fin de la période clinique sont superposables (p = 0,919). A partir des données de ANOVA
(tableau 2) on remarque que, bien que la réduction des concentrations présentes sur les touffes de poils dépend
principalement de la variable temps (p < 0,0001), les deux types de brosses expriment un comportement différent
statistiquement significatif (p = 0,027) (figure 1).
DISCUSSION ET CONCLUSIONS
L’odontologie de prévention, en concomitance avec le déclin de la pathologie carieuse dans les Pays industrialisés
comme résultat des efforts effectués au cours des vingt années précédentes et grâce aux récentes recherches scientifiques,
a identifié au cours des dernières années un nouvel objectif sur lequel pointer les ressources disponibles: l’identification
et le traitement des «sujets à risque», c’est-à-dire le groupe d’individu particulier qui présente un développement
de la pathologie significativement supérieur à la norme.
La recherche biologique a identifié le S. mutans comme le principal agent étiologique de la maladie à cause de sa capacité
de produire ces acides métabolites responsables de la dissolution de l’émail dentaire au début du développement
de la cavité carieuse, même si dans une conception plus vaste de pathologie multifactorielle on a démontré que d’autres
espèces de bactéries sont dotées de pouvoir ca-riogène7.
La réponse différente de l’organisme par rapport à l’équilibre altéré de l’écosystème oral dans les sujets identifiés comme
à risque rend indispensable, outre l’identification de dits sujets, la mise en œuvre de mesures de prévention aptes à réduire
l’«infection» de la part des bactéries pathogènes.
Le concept de transmissibilité de la pathologie carieuse8 a repris vigueur dans les dernières années en association avec des
instruments destinés à l’hygiène orale personnelle, en absence de structures et de contrôles aptes à prévenir les contaminations croisées.
Tandis que la mise en pratique de mesures de prévention pendant la grossesse9, afin de réduire la transmission verticale de
l’infection de S. mutans, est facile à réaliser, d’autre part les moyens en mesure de réduire la transmission horizontale sont
peu nombreux. Afin de réduire la contamination bactérienne résiduelle sur les brosses à dents pour prévenir la contamination
croisée entre différents sujets dans un contexte communautaire, comme la communauté familiale ou comme les communautés
scolaire, l’industrie a essayé de satisfaire cette nécessité de santé en recherchant des techniques différentes d’hygiénisation des brosses à dents.
L’usage des métaux à activité microbicide remonte à la fin du siècle dernier quand on effectua les premières observations expérimentales
confirmées par la suite au début du siècle à travers une classification oligodynamique plus précise des ions métalliques10.
Le mécanisme d’action des métaux dans une solution aqueuse, métaux colloïdaux, sur les particules microbiennes est multiple,
et les études plus récentes11 attribuent l’ac-tivité microbicide à la compénétration de la membrane citoplasmatique et l’inhibition
de l’activité enzymatique de quelques classes protéiques. L’activité antimicrobienne du revêtement d’argent de la tête amovible
de la brosse Silvercare par rapport aux nombreuses espèces bactériennes pathogènes et saprophytes présentes dans la cavité
buccale a déjà été confirmée expérimentalement in vi-tro10, mais par rapport au S. mutans on nécessitait d’ultérieures données
par rapport à une contamination in vivo avec souches sauvages de dite espèce bactérienne. Les données obtenues par le protocole
expérimental relatif à la colonisation clinique de S. mutans mettent en évidence que dite espèce microbienne est en mesure de
coloniser les surfaces des instruments utilisés pendant les opérations quotidiennes d’hygiène orale à domicile.
On peut en outre déduire que l’acti-vité des ions d’argent déposés sur la surface de la tête Silvercare est en mesure de réduire
de manière statistiquement significative, après une période de temps équivalente à l’in-tervalle de temps normal qui s’écoule
entre les manœuvres d’hygiène orale à domicile, la concentration de S. mutans présente sur la tête de la brosse à dents même.
Bien que nos données concernent de façon ponctuelle la colonisation des touffes de poils, ils peuvent être comparés avec ceux
des études in vitro. La variabilité observée doit être recherchée dans l’inte-raction possible des principes actifs agonistes par
rapport à la colonisation même. Des études disponibles en littérature fournissent peu d’indications au sujet de l’effet des
dentifrices2 sur le pattern de colonisation bactérienne; en effet, la capacité adhésive des différentes espèces bactériennes
peut subir des variations dues à l’usage de dentifrices avec des composantes antibactéricides, tensioactives, etc. en quantité
telle qu’ils modifient le pattern de décontamination que nous avons relevé.
Correspondance à: dott. Andrea Felloni Département de Médecine,
Chirurgie et Odontologie,
Chaire de Pedodontie
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En rédaction depuis septembre 1999 Dm
IL DENTISTA MODERNO